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Ressources naturelles et paysages

Les nouvelles espèces de reptiles et d’amphibiens protégées en Guadeloupe (2019)

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publié le 6 février 2020 (modifié le 3 août 2020)

La Couleuvre des Saintes : parfaitement inoffensive pour l’homme, on peut l’apercevoir aux Saintes, dont elle est endémique.

La responsabilité de la Guadeloupe dans la conservation de ces espèces : sur 23 espèces encore présentes, 18 sont endémiques*

Les reptiles et amphibiens terrestres de Guadeloupe, avec 23 espèces connues à ce jour, représentent une faune particulièrement patrimoniale de l’archipel. La Guadeloupe possède une grande responsabilité vis-à-vis de la conservation de ces espèces, qui présentent un taux d’endémisme particulièrement fort :
- 18 espèces sont endémiques de Guadeloupe, c’est-à-dire qu’elles existent en Guadeloupe, et nulle part ailleurs dans le monde ;
- 4 espèces sont subendémiques, c’est-à-dire qu’elles existent dans quelques îles au monde.
Malgré ces enjeux indéniables, une majorité d’espèces est menacée. Ainsi, sur 29 espèces historiquement présentes en Guadeloupe :
- 6 sont éteintes aujourd’hui ;
- 3 sont en danger critique d’extinction au niveau mondial ;
- 4 sont en danger d’extinction au niveau mondial ;
- 2 sont quasi-menacées ;
- 12 sont non évaluées (mais potentiellement en danger critique d’extinction pour au moins 5 d’entre elles) ;
- 2 sont de préoccupation mineure.

Les nombreuses menaces pesant sur ces espèces

Ces espèces sont en effet soumises à de nombreuses pressions. La première cause est la destruction des milieux naturels, habitats de ces espèces, au profit de l’agriculture et de l’urbanisation. L’impact des espèces exotiques figure en seconde place : par compétition et hybridation, l’exemple le plus connu étant celui de l’Iguane des Petites Antilles (indigène) menacé par l’Iguane commun (exotique). La prédation par une espèce exotique est un autre cas : ainsi, la mangouste, introduite à la fin du 19e siècle, est d’ores et déjà responsable de la disparition de plusieurs espèces indigènes de reptiles.

D’autres menaces pèsent enfin sur cette faune fragile :
- les pollutions (pesticides, pollutions domestiques…) ;
- les destructions volontaires par l’homme : c’est en particulier le cas des couresses, ces couleuvres aujourd’hui devenues très rares, qui, bien que parfaitement inoffensives pour l’homme, font l’objet de destructions, par crainte d’une supposée venimosité ;
- l’exploitation de certaines espèces pour détention, élevage voire commerce illicites ;
- enfin, le changement climatique n’a pas encore été étudié, mais pourrait être impactant.

Un moyen essentiel d’action : un nouvel arrêté ministériel à la hauteur des enjeux

Pour pouvoir prendre en compte ces enjeux de conservation et agir pour juguler les menaces, la protection réglementaire, qui est de la responsabilité de l’État, est un outil essentiel.

En Guadeloupe, l’arrêté ministériel fixant la liste des reptiles et amphibiens protégés datait d’il y a plus de 30 ans. Cet arrêté n’était plus conforme à la réglementation aux niveaux national et communautaire. Il contenait même certaines erreurs, avec la protection d’espèces exotiques, ou encore d’espèces absentes de Guadeloupe. Il ne permettait plus de protéger la biodiversité de cette faune à la hauteur des enjeux en présence, avec des protections partielles, ainsi que des espèces menacées, mais non protégées.

Un important travail de remise à plat a donc été mené par la DEAL afin de proposer au Ministère une liste plus cohérente. Pour ce faire, le Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel (CSRPN) de Guadeloupe a déterminé et voté une liste d’espèces à protéger. La DEAL a monté un argumentaire à l’appui de cette liste, synthétisant l’ensemble des connaissances disponibles sur les enjeux et les menaces pesant sur ces espèces, et permettant le cas échéant de justifier un renforcement, une mise en protection, ou à l’inverse un déclassement. Cet argumentaire a été établi en consultant les principaux scientifiques, associations et gestionnaires d’espaces naturels ayant une expertise sur le sujet. La DEAL Guadeloupe s’est également coordonnée avec la DEAL Martinique, qui a réalisé un travail similaire pour son territoire, afin que les arrêtés ministériels des Antilles françaises puissent être révisés de concert.

Le dossier a ensuite été proposé au Ministère, qui a examiné ce projet, et l’a jugé recevable et justifié. Le projet a ensuite été soumis à une instance scientifique nationale, le Conseil National de Protection de la Nature (CNPN), puis au grand public. Le nouvel arrêté ministériel de protection des reptiles et amphibiens de Guadeloupe est paru en octobre 2019.

Ce nouveau texte est l’aboutissement d’un travail qui aura duré plus de 3 ans, mené dans une démarche collaborative ayant associé de nombreux partenaires aux niveaux local et national. Les Ministères en charge de l’environnement et de l’agriculture, les DEAL de Guadeloupe et de Martinique, les CSRPN de Guadeloupe et de Martinique, le Muséum national d’Histoire Naturelle, l’Agence française de Biodiversité, le CNPN, l’Office National des Forêts, ainsi que de nombreux scientifiques, associations et partenaires, se sont ainsi prononcés en la faveur d’une meilleure protection et prise en compte des reptiles et amphibiens dans les Antilles.

* une espèce endémique de la Guadeloupe est une espèce qui ne vit nulle part ailleurs au monde.
* Lorsque l’on estime qu’une espèce protégée nécessite une protection particulièrement attentive et renforcée face aux menaces, elle peut bénéficier d’un Plan national d’actions (PNA), document stratégique opérationnel pour assurer la conservation ou le rétablissement de l’espèce et de ses habitats.


Photo 1 - L’Iguane des Petites Antilles, une espèce très menacée qui fait l’objet d’un Plan National d’Actions* depuis 2011, mais qui n’était jusque-là que partiellement protégée, bénéficie à présent d’une protection intégrale, incluant celle de ses habitats. Source : B. Galdi


Photo 2 – La Couleuvre des Saintes (aussi appelée couresse) est une espèce nouvellement protégée. Parfaitement inoffensive pour l’homme, on peut l’apercevoir aux Saintes, dont elle est endémique. Deux autres espèces de couresses (également protégées) existent en Guadeloupe continentale, mais sont devenues si rares qu’il est de nos jours très difficile d’en observer. La destruction des couresses est interdite par la loi. Source : B. Galdi


Photo 3 – Les Anolis sont probablement les reptiles les plus connus du grand public, car observables facilement, y compris dans les jardins. Toutefois, ces espèces ne sont pas si anodines : il existe une espèce endémique de chaque île de l’archipel (Désirade, les Saintes, Marie-Galante, Petite-Terre…), espèces qui n’existent donc nulle part ailleurs dans le monde. Quant à la Guadeloupe continentale, elle ne compte pas moins de 6 sous-espèces, dont certaines à aire de répartition très restreinte (il existe par exemple une sous-espèce endémique de la plaine de Capesterre). Ici, la photo représente l’Anolis de Marie-Galante, considéré comme le plus gros et le plus spectaculaire des Anolis. Il est reconnaissable, chez les mâles, à sa tête de couleur gris-bleu et à sa crête sur la queue. Source : B. Galdi


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