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Ressources naturelles et paysages

Les chiroptères en Guadeloupe : une faune fortement menacée

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publié le 9 juillet 2020

Les chauves-souris* sont les derniers mammifères terrestres indigènes toujours présents en Guadeloupe. Leur activité participe pleinement à l’équilibre de la biodiversité locale, notamment en régulant les populations d’insectes et en pollinisant de nombreuses espèces végétales. La protection de cette faune patrimoniale datait de 1989, et ne permettait plus de la protéger à la hauteur des enjeux en présence. En 2018, la règlementation a été révisée : l’ensemble des chiroptères de Guadeloupe ainsi que leurs habitats sont aujourd’hui protégés.

Les derniers mammifères terrestres indigènes de Guadeloupe menacés

La faune chiroptérologique de l’archipel guadeloupéen, avec 14 espèces connues à ce jour, est la plus riche des Petites Antilles, ce qui confère à la Guadeloupe une forte responsabilité – d’autant plus que les chauves-souris sont les seuls mammifères terrestres indigènes* toujours présents en Guadeloupe, et que leur endémisme est très marqué. Sur 14 espèces connues, 10 sont endémiques des Antilles et 3 subendémiques de Guadeloupe, dont une strictement endémique à la Guadeloupe* (Eptesicus guadeloupensis). Cette dernière est classée en danger d’extinction sur la liste rouge mondiale de l’UICN (2016).


Crédits photo : B. Angin,2008. Fer de Lance commun, Artibé de la Jamaïque (Artibeus jamaicensis).

Les chiroptères comme acteurs clés dans la biodiversité locale et les cultures

Les espèces fructivores, insectivores, nectarivores et pollinivores de chauves-souris participent pleinement à l’équilibre des écosystèmes guadeloupéens.
Les habitats des chauves-souris sont principalement les forêts pourvues d’un point d’eau, les forêts hygrophiles, les cavités naturelles, les ruines ainsi que certaines bananeraies.
La moitié des espèces présentes sont essentielles pour la pollinisation de leur milieu ainsi que des arbres fruitiers cultivés. Plus de 350 espèces de plantes sont pollinisées par les chauves-souris. Les espèces frugivores dispersent les graines de plusieurs essences forestières, ce qui permet à la forêt de se régénérer, notamment dans les zones de friches. Certaines d’entre elles sont strictement liées à la pollinisation ou à la dispersion d’espèces végétales n’existant qu’en Guadeloupe.

Les espèces insectivores contribuent à la régulation d’insectes ravageant des cultures. Une chauve-souris peut consommer presque son poids en insectes en une nuit. Elles consomment également des insectes vecteurs d’arbovirus à l’origine d’épidémies comme le Zika, la Dengue ou le Chikungunya.

À noter que la quasi-totalité des espèces utilisent les linéaires arborés pour se déplacer (appelés « trames vertes »), il est donc essentiel de les préserver afin de maintenir le dynamisme des populations et d’optimiser les milieux de vie des chauves-souris.

Les menaces pesant sur les chauves-souris de Guadeloupe

Les menaces pesant sur les chauves-souris sont nombreuses. Elles sont notamment liées à la destruction de leurs habitats, au braconnage et à l’impact des biocides. Quelques explications et exemples :
• Le défrichement contribue à fragmenter les habitats forestiers où vivent et se nourrissent des espèces de chauves-souris, or la déforestation demeure importante en Guadeloupe. Eptesicus guadeloupensis est notamment très dépendante du couvert forestier, et donc sujette à la menace de déforestation ;
• Les pesticides utilisés en agriculture font baisser le nombre de proies disponibles pour les chauves-souris ;
• Les espèces frugivores sont très sensibles aux conséquences des cyclones, et notamment par les arbres privés de floraison et de fructification ;
• Le braconnage pour la consommation humaine est une menace directe et importante pour au moins deux espèces de chauves-souris ;
• L’utilisation de produits chimiques ou l’emmurage de chauves-souris vivantes dans les habitations pour lutter contre ces espèces vues comme « nuisibles » impacte la survie de ces espèces. Le dérangement des espèces de chiroptères est un des stress principaux pesant sur cette faune. À défaut de cohabitation, des méthodes alternatives d’effarouchement doivent être mises en place.

La protection réglementaire et les poursuites

L’arrêté de protection ministériel des mammifères terrestres de Guadeloupe de 2018 a renforcé la précédente réglementation, datant de 1989. Aujourd’hui, l’arrêté de protection concerne toutes les espèces de chiroptères présentes en Guadeloupe. Cet arrêté porte également sur la protection de leurs habitats. Sont interdits notamment : la destruction de l’espèce, sa capture, son transport ou commerce. Il est également interdit de perturber intentionnellement les espèces (et notamment pendant la période de reproduction et de dépendance). Il est rappelé que la destruction, l’altération ou la dégradation des éléments physiques ou biologiques nécessaires à la reproduction ou au repos des espèces est interdite.

Le non-respect de cette réglementation est puni par l’article L415-3 du Code de l’environnement de trois ans d’emprisonnement et de 150 000€ d’amende.

Certains gîtes de chauves-souris (comme des cavités par exemple) sont réglementés par des arrêtés de protection de biotope, afin de préserver des habitats spécifiques.

Retrouvez ici : l’arrêté de protection ministériel des mammifères terrestres (2018)
Plus d’infos sur : les sanctions prévues par la loi et les autres arrêtés de protections de la faune et de la flore de Guadeloupe 

* Les chauves-souris appartiennent à l’ordre des chiroptères.
* Une espèce indigène est une espèce qui se trouve naturellement en Guadeloupe (à la différence des espèces exotiques).
* Une espèce endémique de la Guadeloupe est une espèce qui ne vit nulle part ailleurs au monde.